La fuite dans le futur

Nous entendons dorénavant parler de « données probantes » dans les allocutions universitaires auprès du ministère de l’Éducation. La course à la recherche nous fait parfois oublier « les lois de l’apprentissage » que nos prédécesseurs ont démontrées et que nous avons tendance à oublier ou à écarter, car nous sommes concentrés sur la recherche.

La pédagogie de la maîtrise de Benjamin Bloom (1965) énumère pourtant les principes qui devraient servir de trame à nos actions pédagogiques.

1er principe: si un élève peut l’apprendre, alors tous les autres peuvent l’apprendre.

Les préjugés des parents et enseignants qui croient que l’école n’est pas faite pour tous perdurent même jusqu’aux professeurs d’université (nos chers docteurs). Mais il ne faut pas mettre tout le monde dans le même moule.

2e principe: un test formatif nous indique ce qu’il faut améliorer.

Ce n’est pas un test de classement. Il faut réviser et retravailler. La note d’acceptation visée est 80%. Qu’un élève puisse reprendre plusieurs fois un formatif jusqu’à le réussir est tout à fait normal.

3e principe: l’automotivation et non motiver l’élève.

La démonstration à l’élève qu’il peut avoir 80% amène la confiance, la motivation et le goût d’apprendre. Je dirais que la vision actuelle que dégage l’école est que si tu n’es pas capable, alors c’est que tu ne travailles pas assez fort (très subjectif).

4e principe: respecter le temps d’apprentissage de l’élève.

S’il est facile de comprendre que certains élèves apprennent très rapidement, il est plus difficile pour tous les enseignants de travailler avec ceux qui apprennent plus lentement. Pour cela, il faut connaître certains principes qui expliquent la fonction de mémorisation. Ce n’est pas parce que j’ai compris que j’ai nécessairement mémorisé.

5e principe: le travail en équipe est essentiel pour optimiser l’apprentissage.

Benjamin Bloom a grandement épilogué sur l’apprentissage avec les pairs. Cependant, les universités ne forment pas les futurs enseignants au travail d’équipe (certificat en animation) et pourtant on demande aux enseignants d’être des spécialistes pour animer leur groupe et de gérer comme un bon capitaine de navire. Les enseignants ne sachant comment animer un groupe doivent enseigner ( en ne les connaissants pas) les règles du travail d’équipe. On tourne facilement en rond. Et on se demande pourquoi tant d’enseignants sont en détresse psychologique.

En conclusion, dès la maternelle, on veut que l’enfant se classe selon des normes qui n’ont pas de rapport avec l’apprentissage. On travaille avec ce que l’élève devrait avoir appris plutôt que de répondre au besoin de l’apprentissage de chaque élève. On veut faire des moyennes partout pour classer. Peut-on faire une moyenne avec les yeux verts et les yeux bruns? C’est si simple à comprendre, mais si difficile à appliquer. Permettre à chacun d’aller à sa vitesse.